
Chasseurs et randonneurs : les applications qui apaisent la forêt
22 août 2026
Livre des recettes : nous publions un registre comptable infalsifiable par construction
24 août 2026Il y a quelques jours, nous analysions ici les applications qui affichent les battues en temps réel — et concluions que le numérique était en train de résoudre l’un des vrais sujets de cohabitation en forêt. Ce que nous ne disions pas encore : nous avions décidé d’aller au bout du raisonnement. ChassOuverte est une application libre de déclaration et d’organisation de battues, par et pour les fédérations départementales de chasseurs, que nous venons de publier — avec la Fédération des Chasseurs du Jura comme déploiement de référence.
Pourquoi ne pas simplement adopter l’existant ?
Les plateformes commerciales qui proposent ce service aux fédérations rendent un vrai service — mais leur modèle pose trois problèmes sérieux. D’abord, les données des adhérents : inscrire ses membres en masse suppose de transmettre leurs adresses à un opérateur privé, sans consentement individuel — une fragilité RGPD portée par la fédération, pas par la plateforme. Ensuite, la géolocalisation des promeneurs, collectée et traitée par un acteur commercial selon des conditions qu’il fixe seul. Enfin, la dépendance : conditions révisables, service qui peut fermer ou être racheté, données captives. Le jour où la plateforme change, tout est à refaire.
Le service attendu par le public et les préfectures est légitime et doit exister. Mais ni les données des adhérents, ni la position des promeneurs, ni la continuité du service ne devraient dépendre d’un tiers. C’est le principe fondateur de ChassOuverte : chaque fédération héberge l’application sur son propre serveur, avec sa propre base — pas de plateforme centrale, pas de CDN, pas de traceur.
Ce que fait l’application
Pour l’organisateur : déclaration de la battue en dessinant la zone sur la carte, invitation automatique des membres de la commune, attribution des postes par glisser-déposer avec lignes et sens de traque, mode direct pendant la battue (positions de l’équipe en temps réel, messagerie instantanée), et compte-rendu numérique horodaté exportable en PDF.
Pour le chasseur : invitation sur son téléphone, participation confirmée en un geste — mais jamais sans la validation explicite des consignes de sécurité, versionnées : si la fédération modifie le texte, chacun doit le revalider. Et un mode hors-ligne qui embarque consignes, carte et postes avant de partir, parce qu’en forêt, ne pas avoir de réseau est la situation ordinaire.
Pour le grand public : une page et une appli installable, sans compte ni magasin d’applications. Le promeneur est alerté si une battue est en cours à moins d’un kilomètre — et peut signaler une battue non annoncée, ce qui notifie immédiatement le responsable de la commune.
Pour la fédération : un back-office complet — membres, rôles, points d’intérêt cartographiques, consignes éditables, suivi des signalements — et des statistiques consolidées du territoire : battues par commune et par mois, participations, comptes-rendus. De quoi nourrir un dialogue documenté avec l’administration.
La confidentialité par conception, pas par déclaration
Le principe de minimisation est appliqué à l’architecture elle-même. Les positions des chasseurs en mode direct sont relayées en temps réel mais jamais écrites en base. La position du promeneur qui reçoit l’alerte est traitée puis oubliée — ni stockée, ni journalisée. La messagerie d’équipe vit en mémoire et disparaît à la clôture de la battue. La règle est simple : ce que l’on ne collecte pas ne peut être ni piraté, ni revendu, ni réquisitionné.
Un commun, verrouillé comme tel
Le code est publié sous licence AGPL-3.0, et ce choix n’est pas cosmétique : sa clause réseau impose que toute amélioration apportée par une fédération — ou par un prestataire hébergeant le service pour elle — soit republiée sous la même licence. Les investissements des uns profitent mécaniquement aux autres, et la captation commerciale du travail collectif est juridiquement verrouillée. L’adaptation à un autre département tient dans deux fichiers de configuration : nom, couleurs, emprise de la carte — sans toucher au code.
Côté technique, les choix suivent la même logique de souveraineté et de sobriété : Strapi 5 et Astro 5, SQLite sans administration, cartographie Leaflet sur fonds OpenStreetMap auto-hébergée sans clé API, temps réel socket.io chez la fédération, notifications Web Push au standard ouvert — l’ensemble tourne sur un serveur modeste, sans licence, sans abonnement, sans coût par adhérent.
Et maintenant
La version 1.0 couvre le cycle complet d’une battue, de la déclaration au compte-rendu, plus l’information du public. Le déploiement de référence est en cours à la Fédération des Chasseurs du Jura, et toute fédération peut installer l’application dès aujourd’hui — le code est ouvert, les contributions bienvenues : plan de chasse, calendrier enrichi, bouton d’urgence en mode direct figurent déjà sur la feuille de route, qui appartient à ceux qui déploient.
C’est aussi, pour nous, la démonstration en vraie grandeur de ce que nous défendons dans tous nos métiers, des outils métier à l’e-label du vin : un logiciel utile est un logiciel dont l’utilisateur garde la maîtrise — de ses données, de ses coûts et de sa trajectoire.
Pour aller plus loin : ChassOuverte sur GitHub (AGPL-3.0), notre analyse des applis de battues et l’ensemble de nos activités.
Cet article fait partie de notre dossier Chasse et numérique : ce que les outils changent vraiment.
