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24 août 2026Tout micro-entrepreneur doit tenir un livre des recettes : chaque encaissement, dans l’ordre chronologique, avec date, référence de facture, client, nature, montant et mode de règlement — et le conserver dix ans. C’est une obligation simple sur le papier, et un piège en pratique : un tableur se modifie sans laisser de trace, un cahier se recopie, et le jour d’un contrôle, rien ne prouve que le registre n’a pas été réécrit après coup. Nous publions aujourd’hui Livre des recettes, une application libre et auto-hébergée qui règle ce problème à la racine.
Le problème n’est pas de saisir, c’est de prouver
Les outils gratuits ne manquent pas pour enregistrer ses recettes. Aucun ne répond à la vraie question, celle que pose un vérificateur : qu’est-ce qui garantit que cette ligne était déjà là l’an dernier, avec ce montant ? Un fichier Excel, même sauvegardé, ne garantit rien. Une application classique non plus, si sa base de données permet la modification — un accès direct, une migration maladroite, et l’historique est réécrit sans que personne ne s’en aperçoive.
C’est le pari de ce projet : construire un registre défendable en contrôle, lisible dans dix ans, et tenu par des gens qui ne sont pas comptables.
Trois verrous, dont un extérieur
Le registre est en ajout seul. Une écriture enregistrée ne se modifie plus et ne se supprime plus : la seule correction possible est une contre-passation, qui laisse trace. Point crucial, cette règle est posée dans PostgreSQL lui-même — deux rôles distincts et des triggers de refus — et pas seulement dans le code applicatif. Un bug, une migration maladroite ou un accès direct à la base ne peuvent pas la contourner. La numérotation est sans trou, obtenue par compteurs en lignes plutôt que par séquences (une séquence saute silencieusement en cas d’erreur ; un registre à trous est un registre suspect).
Chaque écriture est chaînée à la précédente par une empreinte SHA-256. Un écran « Intégrité » recalcule toute la chaîne à la demande : modifiez une valeur en base, et plus rien ne concorde. C’est exactement le principe que nous appliquons à la preuve d’intégrité des étiquettes de vin — la cryptographie ne rend pas une donnée vraie, mais elle rend toute altération visible.
Et un témoin extérieur, qui règle la faille que les deux premiers verrous ne couvrent pas. Supprimer les dernières écritures laisse une chaîne parfaitement cohérente : l’amputation par la fin est indétectable de l’intérieur. La parade est simple et vieille comme la comptabilité : un relevé hebdomadaire de la tête de chaîne part par courriel et se conserve hors du serveur. L’écran d’intégrité surveille d’ailleurs que ce relevé part bien.
Ce que ça fait au quotidien
Saisie avec relecture avant enregistrement définitif — puisqu’on ne pourra plus corriger. Globalisation journalière des petites recettes (sous 76 €), remises de chèques, et suivi des seuils — franchise de TVA, plafond du régime micro — avec le droit applicable rappelé à l’écran, au moment où l’on en a besoin.
Côté saisie, un import de factures PDF par glisser-déposer extrait automatiquement numéro, date, client, montant et mode de règlement, avec validation explicite facture par facture — et un garde-fou par SIRET qui empêche de déposer par erreur les factures d’une autre entreprise. Le reste suit : exports CSV horodatés par exercice, journal d’audit lui aussi en ajout seul, et gestion multi-entreprises cloisonnées.
Le volet services à la personne
C’est la partie née de notre propre besoin. Un organisme déclaré SAP doit produire chaque année une attestation fiscale conforme à l’article D.7233-4 pour chacun de ses clients, et transmettre des états statistiques trimestriels via Nova — des obligations que nous détaillions ici. L’application qualifie les écritures (activité, heures, client), génère les attestations et produit les états trimestriels et le bilan annuel par activité.
Un détail qui compte et que beaucoup ignorent : les paiements en espèces sont listés mais exclus du montant ouvrant droit au crédit d’impôt, comme la loi l’exige. C’est typiquement le genre de règle qu’un tableur ne connaît pas, et qui se paie au moment du contrôle.
Des choix techniques à contre-courant, et assumés
Zéro JavaScript obligatoire. Toute l’application fonctionne sans JavaScript : formulaire, redirection, affichage. Le seul script embarqué — afficher le mot de passe, le glisser-déposer — est une amélioration progressive ; sans lui, rien ne manque. Pour un outil qui doit encore fonctionner dans dix ans, sur n’importe quelle machine, c’est une garantie de longévité qu’aucun framework à la mode ne peut offrir.
Aucune dépendance superflue : cinq bibliothèques au total, pas d’ORM, pas de framework CSS, pas de bibliothèque de formulaires, une feuille de style unique et commentée. Trois niveaux de tests, dont un parcours navigateur complet joué deux fois — avec et sans JavaScript — et des tests d’intégration contre un vrai PostgreSQL qui vérifient que les triggers refusent réellement et que la numérotation ne saute pas.
Et une documentation qui raconte les décisions plutôt que les fonctionnalités : pourquoi pas d’ORM, pourquoi la CSP porte un nonce, pourquoi les compteurs sont des lignes et pas des séquences, pourquoi le témoin extérieur est le seul remède à l’amputation par la fin. Les pannes qui ont motivé chaque choix y figurent — c’est ce qui rend un projet reprenable par quelqu’un d’autre.
Ce que ce n’est pas
Ni un logiciel de facturation, ni un outil de déclaration URSSAF, ni un conseil comptable. C’est la tenue du registre — la partie que la loi exige et que les offres gratuites ne couvrent pas. Le projet est publié sous licence AGPL-3.0, comme ChassOuverte : quiconque héberge une version modifiée pour des tiers doit leur proposer ses sources. C’est le contrat qui garde libres les outils de conformité.
Le calendrier n’est pas neutre : la facturation électronique arrive, et avec elle une exigence de tenue documentaire structurée dont beaucoup de très petites entreprises n’ont pas encore mesuré la portée. Mieux vaut un registre propre avant qu’après.
Cet article présente un outil ; il ne constitue pas un conseil comptable ou fiscal. Faites valider votre usage par un professionnel de la comptabilité.
Pour aller plus loin : Livre des recettes sur GitHub (AGPL-3.0), nos prestations d’outils métier sur mesure et l’ensemble de nos activités.
Cet article fait partie de notre dossier TPE-PME : les échéances numériques de 2026 à 2028.
