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6 octobre 2026L’intelligence artificielle a déclenché une ruée sur les processeurs graphiques. Louer un GPU haut de gamme chez Amazon, Microsoft ou Google coûte cher, et les capacités sont parfois rationnées. Pendant ce temps, des milliers de serveurs dorment à moitié vides dans des centres de données, des laboratoires et des entreprises. Akash Network propose de relier les deux : une place de marché ouverte où n’importe quel propriétaire de matériel peut louer sa puissance de calcul, et où n’importe quel développeur peut l’acheter, sans contrat ni intermédiaire. Lancé en 2020, c’est l’un des plus anciens projets de « cloud décentralisé », et l’un des plus discutés depuis l’emballement autour de l’IA.
Comment fonctionne Akash
Le principe est celui d’une enchère inversée. Un utilisateur — le « locataire » — décrit son besoin dans un fichier de configuration : tel conteneur logiciel, tant de processeurs, de mémoire et de GPU, dans telle région. Les fournisseurs inscrits sur le réseau font des offres, et la moins chère parmi celles qui satisfont les critères l’emporte. Le logiciel est alors déployé sur la machine du fournisseur, orchestré par Kubernetes, le standard de l’industrie. Pour le développeur, l’expérience se rapproche de celle d’un cloud classique ; pour le fournisseur, c’est un moyen de rentabiliser du matériel sous-utilisé.
Le réseau est une blockchain autonome construite avec Cosmos SDK, développée à l’origine par Overclock Labs, la société de son fondateur Greg Osuri. La place de marché GPU a été ouverte en septembre 2023, et le projet propose aussi AkashML, un service d’inférence prêt à l’emploi compatible avec l’interface d’OpenAI, pour ceux qui veulent simplement interroger un modèle sans gérer de serveurs. Akash met en avant des prix de 50 à 85 % inférieurs à ceux des grands clouds — un ordre de grandeur cohérent avec le modèle, mais qui dépend fortement du type de machine et de la garantie de service attendue.
L’usage réel : des chiffres contrastés
C’est le point sur lequel il faut être précis, car l’écart entre le récit et les données est notable. Sur l’année 2025, le réseau a généré environ 3,15 millions de dollars de revenus, en hausse de 128 % sur un an, avec des clients identifiés comme Venice, ElizaOS, Morpheus ou Gensyn. Le premier trimestre 2026, analysé par Messari, envoie des signaux mitigés : le nombre de nouveaux contrats de location a progressé de 27 % pour atteindre 43 540, mais les revenus de location ont reculé de 45 % à environ 253 000 dollars. Le nombre de GPU disponibles a chuté de 57 % à 334 unités, avec un taux d’utilisation de 33,7 %, et le nombre moyen de fournisseurs actifs est tombé à 58, un plus bas historique.
Autrement dit : davantage de transactions, mais plus petites et moins chères, et une offre de matériel qui se contracte. Deux lectures sont possibles. L’une, prudente, y voit un réseau qui peine à retenir des fournisseurs de GPU face à des clouds spécialisés mieux capitalisés. L’autre rappelle qu’une partie des revenus — ceux réglés par carte bancaire, notamment via AkashML — transite hors de la chaîne et n’apparaît pas toujours dans les statistiques publiques. Dans les deux cas, l’usage reste modeste au regard de la valorisation du jeton.
Le marché adressable
Le marché visé est l’un des plus dynamiques de l’économie numérique. MarketsandMarkets évalue le marché du GPU à la demande à 8,2 milliards de dollars en 2025 et prévoit 26,6 milliards en 2030, soit une croissance annuelle d’environ 26 %. Ce marché est dominé par les hyperscalers — AWS, Azure, Google Cloud, Oracle — et par des clouds spécialisés comme CoreWeave. Akash n’a pas vocation à les remplacer, mais à capter une part de la demande la plus sensible au prix : startups d’IA, chercheurs, projets open source, inférence de modèles ouverts, travaux par lots qui tolèrent une interruption.
Il n’est pas seul sur ce créneau. Parmi les réseaux décentralisés, io.net agrège des GPU de sources multiples, Render s’est spécialisé dans le rendu graphique, et Bittensor rémunère la production de modèles plutôt que la location de machines. L’avantage d’Akash est son ancienneté, son caractère généraliste et son ouverture totale aux fournisseurs ; son défi est de transformer ces atouts en volume d’affaires.
Tokenomics : le jeton AKT
| Cours | 0,747 $ |
| Capitalisation (circulante) | 223,0 M$ — rang 180 |
| Offre en circulation | 298,5 millions d’AKT |
| Offre maximale théorique | 388,5 millions d’AKT (plafond de genèse) |
| Valorisation entièrement diluée | ≈ 223 M$ (offre actuelle) — ≈ 290 M$ (plafond théorique) |
| Volume d’échange 24 h | 12,6 M$ |
| Plus haut historique | 8,07 $ (6 avril 2021), soit −91 % |
| Inflation annuelle | plafond 4 %, plancher 3 % (depuis mai 2026) |
| Part de l’offre stakée | ≈ 31 % |
| Blockchain | Akash (Cosmos SDK), migration annoncée |
Rôles du jeton. L’AKT sert à sécuriser la blockchain par le staking (les validateurs et ceux qui leur délèguent des jetons sont rémunérés), à voter sur la gouvernance du réseau, et — depuis mars 2026 — à payer le calcul selon un mécanisme nouveau, le Burn-Mint Equilibrium.
Le Burn-Mint Equilibrium (BME). Activé le 23 mars 2026 après un vote approuvé à 99,7 %, il fonctionne ainsi : pour approvisionner son compte, le locataire détruit des AKT au cours du moment et reçoit en échange des ACT, des crédits de calcul non transférables valant exactement un dollar chacun. Le locataire paie donc un prix stable en dollars. À la fin de chaque période d’utilisation, le protocole détruit les ACT consommés et rémunère le fournisseur en AKT nouvellement créés, au cours du jour du règlement. Si l’AKT s’est apprécié entre-temps, il faut moins de jetons pour payer le fournisseur qu’il n’en a été détruit : l’offre se contracte. S’il a baissé, elle augmente légèrement. Le mécanisme lie donc l’offre du jeton à l’usage réel du réseau — un progrès net par rapport au modèle précédent, où les paiements en stablecoins contournaient largement l’AKT. Sur les trois premières semaines, environ 53 500 AKT ont été retirés de la circulation, un volume encore marginal à l’échelle de l’offre.
Inflation et staking. L’offre augmente par l’émission destinée aux stakers. Une proposition adoptée en mai 2026 a ramené le plafond d’inflation de 8 % à 4 %, avec un plancher de 3 %. Environ 31 % de l’offre est stakée, loin de l’objectif de 67 % fixé par le protocole, avec une période de déblocage de 21 jours. L’offre maximale de 388,5 millions d’AKT, définie à la genèse, n’est pas appliquée comme une limite technique : c’est l’inflation, ajustée par la gouvernance, qui détermine la trajectoire réelle. Près de 77 % de ce plafond théorique est déjà en circulation.
Répartition d’origine. Selon l’analyse indépendante OwnYourMind, les investisseurs détenaient 34,5 % de l’offre initiale, l’équipe 27 % et la fondation 5,72 %. Le projet n’a levé qu’environ 4,1 millions de dollars au total entre 2017 et 2020, ce qui est peu au regard de sa valorisation actuelle.
Valorisation. Avec une capitalisation de 223 millions de dollars, Akash vaut environ 70 fois ses revenus de 2025, et bien davantage si l’on annualise le seul premier trimestre 2026. Le jeton s’échange plus de 90 % sous son sommet d’avril 2021. Le marché valorise donc moins l’activité actuelle qu’une option sur la place que le réseau pourrait prendre dans l’infrastructure de l’IA.
Points forts et points de vigilance
Les atouts sont réels : un logiciel éprouvé depuis plus de cinq ans en production, une place de marché réellement ouverte, une proposition de prix compétitive et, avec le BME, un mécanisme enfin cohérent entre usage et jeton. Les points de vigilance sont aussi sérieux. L’attrition des fournisseurs de GPU et la baisse des revenus au premier trimestre 2026 doivent être surveillées. Le fondateur a annoncé une migration de la blockchain hors de l’écosystème Cosmos — Solana est évoquée — après un changement de licence du Cosmos SDK en avril 2026, sans vote de gouvernance ni spécification technique publiée à ce jour : c’est un chantier lourd et une source d’incertitude. S’y ajoutent le poids d’une personne clé dans les orientations stratégiques et l’exposition réglementaire américaine de la société de développement.
Notre lecture
Akash est un bon logiciel en quête de son marché. La thèse est séduisante — la demande de calcul pour l’IA dépasse l’offre, et le matériel inutilisé abonde —, mais les chiffres de 2026 montrent qu’il est plus difficile qu’annoncé d’attirer durablement des GPU de qualité professionnelle sur une place de marché décentralisée. Le BME apporte une cohérence économique qui manquait ; la migration de chaîne, si elle se concrétise, déterminera la suite. Un projet à suivre sur ses métriques d’usage trimestrielles bien plus que sur son cours.
Cet article est une analyse documentaire, pas un conseil en investissement. Les crypto-actifs sont très volatils et peuvent perdre l’essentiel de leur valeur ; faites vos propres recherches et, si besoin, consultez un conseiller agréé.
