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24 août 2026C’est un chiffre qui mérite d’être lu sans passion : selon le bilan publié par l’Office français de la biodiversité le 9 juillet, la saison de chasse 2025-2026 a fait quatre morts — le niveau le plus bas jamais enregistré depuis que ces statistiques existent. Sur vingt ans, le nombre global d’accidents a reculé de 49 %. Sur un sujet où le débat public tourne souvent à l’affrontement de convictions, ces données méritent d’être regardées pour ce qu’elles disent — et pour ce qu’elles ne disent pas.
Ce que dit le bilan
92 accidents corporels sur la saison — un volume stable depuis six ans, entre 80 et 100 par an — et 122 incidents matériels (tirs en direction d’habitations, de véhicules, d’animaux domestiques), en légère baisse par rapport aux 135 de la saison précédente. Les quatre décès concernent tous des chasseurs : deux au grand gibier, deux au petit gibier, et trois sur quatre sont des auto-accidents — la victime et l’auteur du tir sont la même personne.
Du côté des non-chasseurs, dix personnes ont été blessées — quatre grièvement, six légèrement — contre seize la saison précédente. Aucun décès. « Chaque accident reste un drame de trop », rappelle Olivier Thibault, directeur général de l’OFB, en fixant l’objectif partagé : tendre vers le zéro accident (bilan OFB, juillet 2026).
Les deux causes qui structurent tout le reste
Les auto-accidents représentent 39 % de l’ensemble. C’est le premier enseignement, et le plus contre-intuitif : la principale victime d’une arme de chasse est celui qui la porte. Manipulation à l’obstacle, arme chargée dans un véhicule, chute avec le canon non ouvert — ce sont des gestes, pas des fatalités, et c’est précisément ce qui les rend réductibles par la formation.
Le non-respect de l’angle de 30° est la première cause d’accident impliquant un tiers au grand gibier — 32 % des cas. Cette règle simple, qui interdit de tirer dans un secteur où se trouvent les postes voisins, concentre l’essentiel du risque collectif en battue. Les chasses au grand gibier rassemblent d’ailleurs près des deux tiers des accidents : la battue est bien le moment où la sécurité se joue.
Pourquoi ces chiffres baissent
La tendance à vingt ans n’est pas un hasard. Elle résulte de la formation initiale au permis, des remises à niveau décennales obligatoires, et d’un travail de contrôle massif : l’OFB y a consacré 33 000 hommes-jours, soit 20 % de son activité, avec 39 permis suspendus administrativement sur la saison. Autrement dit, ce qui marche est ce qui est mesuré, rappelé et vérifié.
C’est aussi ce qui explique que le débat reste vif : les associations de protection de la nature soulignent, avec des chiffres identiques, que le nombre d’accidents graves reste stable et qu’un promeneur blessé de trop suffit à justifier des restrictions. Les deux lectures sont compatibles : la mortalité baisse, l’accidentologie plafonne — et c’est précisément sur ce plateau que se situe l’enjeu.
Là où le numérique peut réellement peser
Quand 39 % des accidents relèvent du geste individuel et 32 % de ceux impliquant un tiers d’une règle d’angle, la marge de progrès se situe dans la traçabilité des consignes, pas dans les technologies de surveillance. Une consigne rappelée oralement au petit matin n’engage personne et ne se prouve pas. Une consigne lue, validée explicitement et versionnée — c’est-à-dire à revalider dès que la fédération en modifie le texte — change la nature de l’exercice, pour le participant comme pour le responsable de battue.
C’est l’un des principes de conception que nous avons retenus pour ChassOuverte : aucune participation possible sans validation des consignes de sécurité, et matérialisation des postes, des lignes et du sens de traque sur la carte — l’angle de 30° cesse d’être une abstraction quand on voit où sont ses voisins. S’y ajoute le volet cohabitation : informer les promeneurs en temps réel retire du bois les personnes qui n’ont pas à s’y trouver au moment de la traque.
Aucun outil ne remplacera jamais la vigilance d’un chasseur au poste. Mais entre une saison à quatre décès et l’objectif de zéro, ce qui reste à gagner tient largement dans ce qui se documente, se rappelle et se vérifie.
Pour aller plus loin : l’Office français de la biodiversité, ChassOuverte et l’ensemble de nos activités.
Cet article fait partie de notre dossier Chasse et numérique : ce que les outils changent vraiment.
